Xihe : La Déesse du Soleil Qui Conduisait le Char Solaire
Introduction : La Conductrice Céleste de l'Ancienne Chine
Dans le vaste panthéon de la mythologie chinoise, peu de divinités incarnent l'ordre cosmique aussi profondément que Xihe (羲和, Xīhé), la déesse du soleil qui commandait le char céleste à travers les cieux. Contrairement à son homologue grec Hélios ou à l'égyptien Ra, le rôle de Xihe transcende le simple transport solaire : elle était la mère de dix soleils, la gardienne du temps céleste et l'architecte divine du jour et de la nuit. Son histoire, préservée dans le Shanhai Jing (山海经, Shānhǎi Jīng, Classique des Montagnes et des Mers) et d'autres textes anciens, révèle une compréhension sophistiquée de l'astronomie, de la mesure du temps et de l'équilibre délicat entre les forces cosmiques que la civilisation chinoise ancienne tenait pour sacré.
Le Shanhai Jing décrit Xihe baignant ses enfants solaires dans le Yanggu (旸谷, Yánggǔ, Vallée du Soleil), un lieu mythique à l'extrémité orientale du monde où se lève l'aube. Cette image d'une déesse-mère s'occupant des corps célestes reflète la relation profondément interconnectée entre le devoir familial, la responsabilité divine et les phénomènes naturels dans la cosmologie chinoise.
Origines et Généalogie : Lignée Divine de la Déesse Solaire
Les origines de Xihe la placent à l'intersection du pouvoir céleste et terrestre. Selon le Shanhai Jing, elle était l'épouse de Dijun (帝俊, Dìjùn), l'une des divinités suprêmes de la mythologie chinoise ancienne et une figure associée aux cieux orientaux. Cette union entre Xihe et Dijun a donné naissance à dix enfants soleils, chacun étant une divinité lumineuse à part entière, qui se relayaient pour illuminer le monde.
Le Shanhai Jing précise : "Au-delà de la mer du Sud-Est, entre les Eaux Douces et avant le pays de Ganlian, il y a le pays de Xihe. Il y a une femme nommée Xihe qui baigne le soleil dans le Yanggu." Cette précision géographique, typique du Shanhai Jing, ancre le récit mythologique dans un cadre quasi-cartographique, suggérant que les cosmographes chinois anciens considéraient les royaumes divins comme des extensions du monde connu plutôt que comme des dimensions entièrement séparées.
Le nom de Xihe lui-même porte une signification profonde. Le caractère 羲 (Xī) est associé au légendaire empereur-sage Fuxi (伏羲, Fúxī), l'un des Trois Souverains qui apportèrent la civilisation à l'humanité, tandis que 和 (Hé) signifie "harmonie" ou "paix". Ensemble, son nom évoque l'ordre harmonieux qu'elle maintenait dans le royaume céleste—un équilibre cosmique qui garantissait la progression régulière du jour et de la nuit, des saisons et des années.
Les Dix Soleils : Enfants de Lumière et Catastrophe Cosmique
L'aspect le plus célèbre de la mythologie de Xihe tourne autour de ses dix enfants soleils, chacun étant une divinité solaire distincte. À l'âge primordial, ces dix soleils se levaient à tour de rôle dans le ciel, créant un cycle parfait de jour et de nuit. Le rôle de Xihe était de veiller à ce que cette rotation reste ordonnée : elle baignait chaque soleil dans le Yanggu à l'aube, le préparait pour son voyage à travers le ciel, puis le guidait vers l'ouest jusqu'au Menggu (蒙谷, Ménggǔ, Vallée des Ténèbres) au crépuscule, où il se reposait dans les branches de l'arbre Fusang (扶桑, Fúsāng).
L'arbre Fusang lui-même est un élément crucial de cette mythologie—un colossal mûrier censé croître à l'extrémité orientale du monde, atteignant des hauteurs de plusieurs milliers de zhang (丈, zhàng, une unité de mesure traditionnelle chinoise). Le Shanhai Jing le décrit comme le lieu de repos des oiseaux du soleil, avec neuf soleils se reposant dans les branches inférieures tandis qu'un s'élevait pour illuminer le monde. Cette imagerie suggère que les observateurs chinois anciens concevaient le soleil non pas comme une entité unique, mais comme un système rotatif de corps célestes, reflétant peut-être les premières observations astronomiques des cycles solaires.
La catastrophe est survenue lorsque les dix soleils se sont levés simultanément dans le ciel. Divers textes offrent différentes explications pour cette rébellion cosmique : certains suggèrent que les jeunes soleils sont devenus agités et désobéissants, d'autres impliquent qu'ils cherchaient à démontrer leur pouvoir collectif. Quelle que soit la motivation, le résultat fut dévastateur. Le Huainanzi (淮南子, Huáinánzǐ) décrit la scène apocalyptique : "Les dix soleils sont sortis ensemble, brûlant les grains et tuant la végétation. Les gens n'avaient rien à manger."
Les rivières bouillonnaient, les cultures se fanaient, et l'humanité faisait face à l'extinction sous la chaleur impitoyable de dix soleils brûlant simultanément. Cette crise nécessita une intervention divine, menant à l'un des épisodes les plus célèbres de la mythologie chinoise : l'archer Houyi (后羿, Hòuyì) tirant sur neuf des dix soleils, n'en laissant qu'un pour illuminer le monde. Pour Xihe, cela représentait une tragédie inimaginable : la perte de neuf enfants en une seule journée, sacrifiés pour restaurer l'équilibre cosmique.
Le Char Solaire : Transport Céleste et Mesure du Temps
Le rôle de Xihe en tant que conductrice de char représente l'un des aspects les plus sophistiqués de sa mythologie. Contrairement aux divinités solaires occidentales qui conduisent souvent des chars tirés par des chevaux, le véhicule de Xihe était décrit comme étant tiré par six dragons, des créatures qui incarnaient l'énergie yang (阳, yáng) et le pouvoir céleste. Le Chu Ci (楚辞, Chǔ Cí, Chansons de Chu), en particulier la section "Tianwen" (天问, Tiānwèn, Questions Célestes), fait référence au voyage de Xihe : "Où repose Xihe ? Que fait-elle briller avant que le cor du soleil n'apparaisse ?"
Ce passage révèle que les devoirs de Xihe s'étendaient au-delà du simple transport. Elle était responsable du timing précis de l'aube, veillant à ce que la lumière apparaisse au bon moment chaque jour. Dans la société chinoise ancienne, où les cycles agricoles dépendaient d'observations saisonnières précises, cette fonction divine de mesure du temps revêtait une immense signification pratique et spirituelle.
Le voyage quotidien du char suivait un itinéraire prescrit à travers le dôme céleste. Commençant au Yanggu à l'est, Xihe guidait le soleil à travers divers points de passage célestes, chacun associé à des moments spécifiques de la journée. Le Huainanzi fournit des descriptions détaillées de ces stations : à l'aube, le soleil serait à Yangu ; à la mi-matinée, il se retrouverait à...