Pangu et l'Oeuf Cosmiques : Le Mythe de la Création Chinoise

Avant qu'il n'y ait quoi que ce soit — avant le ciel, avant la terre, avant la lumière ou l'obscurité ou le concept de "avant" — il y avait un œuf. Et à l'intérieur de cet œuf, dormant depuis dix-huit mille ans, se trouvait Pangu (盘古 Pángǔ). Quand il s'est enfin réveillé, il a fendu l'univers avec une hache. C'est le mythe de la création chinois en quelques mots, et il est plus sauvage que ce que la plupart des gens réalisent.

L'œuf et la hache

La première version écrite survivante provient du Sanwu Liji (三五历纪 Sānwǔ Lìjì), compilée par Xu Zheng (徐整 Xú Zhěng) pendant la période des Trois Royaumes (三国 Sānguó, 220–280 de notre ère). Le texte décrit l'état primordial comme hundun (混沌 hùndùn) — le chaos, l'informe, une masse indifférenciée ayant la forme d'un œuf de poule.

À l'intérieur de cet œuf cosmique, Pangu grandit. Pendant dix-huit mille ans, il dormit, et pendant qu'il dormait, les énergies claires yang (阳 yáng) s'élevèrent pour former le ciel tandis que les énergies troubles yin (阴 yīn) descendaient pour former la terre. Lorsque Pangu se réveilla, il se trouva à l'étroit. Alors il poussa. Ou, dans certaines versions, il prit une hache (斧 fǔ) et frappa.

L'œuf se fendit. La matière légère et claire flotta vers le haut et devint tian (天 tiān) — le ciel. La matière lourde et sombre coula et devint di (地 dì) — la terre. Et Pangu se tenait entre eux, grandissant de jour en jour, écartant de plus en plus le ciel et la terre.

Il grandit de trois mètres par jour. Pendant encore dix-huit mille ans.

Les mathématiques sont absurdes et délibérées. Dix-huit mille ans de sommeil, dix-huit mille ans de croissance — la symétrie compte plus que l'arithmétique. Au moment où Pangu eut terminé, le ciel et la terre étaient séparés par quatre-vingt-dix mille li (里 lǐ), soit environ 45 000 kilomètres. L'architecture cosmique était complète.

Le corps de Pangu devient le monde

Puis Pangu mourut. Et c'est ici que le mythe devient véritablement beau.

Le Wuyun Linian Ji (五运历年纪 Wǔyùn Lìnián Jì), un autre texte attribué à Xu Zheng, décrit la transformation :

| Partie du corps de Pangu | Devenu | |-------------------------|--------| | Souffle (气 qì) | Vent et nuages | | Voix (声 shēng) | Tonnerre | | Œil gauche (左眼 zuǒ yǎn) | Le Soleil | | Œil droit (右眼 yòu yǎn) | La Lune | | Membres et tronc | Les quatre directions et cinq montagnes sacrées | | Sang (血 xuè) | Rivières | | Veines (脉 mài) | Routes | | Chair (肉 ròu) | Sol et champs | | Cheveux et barbe | Étoiles et Voie lactée | | Peau et poils corporels | Plantes et arbres | | Dents et os | Métaux et pierres | | Moelle (髓 suǐ) | Perles et jade | | Sueur (汗 hàn) | Pluie et rosée | | Parasites sur son corps | Humains |

Cette dernière remarque est remarquable. Dans cette version, les humains ne sont pas soigneusement façonnés par un dieu créateur — ils sont les parasites sur le cadavre d'un géant mort. Ce n'est pas flatteur, mais c'est honnête d'une manière que peu de mythes de création osent l'être. Nous ne sommes pas le but de la création. Nous sommes un effet secondaire.

D'où vient Pangu ?

C'est l'un des grands débats dans les études de la mythologie chinoise. Pangu n'apparaît pas dans les plus anciens textes chinois. Il est absent du Shanhai Jing (山海经 Shānhǎi Jīng), absent du Shijing (诗经 Shījīng), absent du Chu Ci (楚辞 Chǔcí). H

À propos de l'auteur

Expert en Mythologie \u2014 Mythologue comparatif spécialisé dans le Shanhai Jing.

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