Hundun : La créature du chaos au commencement de tout

L'Être Avant l'Être

Avant que le monde n'ait de forme, avant que le ciel ne se sépare de la terre, avant que Pangu (盘古 Pángǔ) n'ouvre l'œuf cosmique, il y avait Hundun (混沌 hùndùn) — un être de pur chaos indifférencié. Pas d'yeux. Pas d'oreilles. Pas de bouche. Pas de nez. Juste un amas d’existence sans traits, sans frontières et sans intérêt particulier à devenir autre chose.

Le Hundun est l'une des créatures les plus philosophiquement riches de la tradition du Shanhaijing (山海经 Shānhǎi Jīng), apparaissant à la fois dans le texte mythologique et dans le Zhuangzi (庄子 Zhuāngzǐ), où il devient le véhicule pour l'une des paraboles les plus dévastatrices de la philosophie chinoise.

Le Hundun du Shanhaijing

Le Shanhaijing décrit Hundun comme une créature vivant sur la Montagne Tianshan (天山 Tiānshān). Il ressemble à un sac jaune — informe, gonflé, sans visage. Il a six pattes et quatre ailes, mais ne peut ni voir ni entendre. Malgré cela, il sait chanter et danser. Il est identifié comme le descendant (ou l'incarnation) du dieu Dijun (帝俊 Dìjùn).

Cette description est délibérément paradoxale. Un être sans organes sensoriels qui peut néanmoins danser et chanter. Une créature avec des jambes et des ailes mais sans visage pour orienter ses mouvements. Le Hundun défie les catégories que le Shanhaijing utilise pour organiser chaque autre créature. C’est l’entrée anti-catalogue — un être qui résiste à la classification dans un texte dont tout le but est la classification.

La Parabole du Zhuangzi : La Mort par Hospitalité

Le philosophe Zhuangzi raconte l'histoire de Hundun la plus célèbre, et c'est un chef-d'œuvre d'humour noir. Dans cette version, Hundun est l'empereur du centre, tandis que Shu (倏, signifiant "soudain") est l'empereur de la mer du sud et Hu (忽, signifiant "rapide") est l'empereur de la mer du nord.

Shu et Hu visitent fréquemment Hundun, qui les traite avec une gentillesse extraordinaire. Désirant lui rendre son hospitalité, ils remarquent que Hundun — contrairement à chaque autre être — n'a pas d'ouvertures sur son visage. Pas d'yeux, pas d'oreilles, pas de narines, pas de bouche. Tous les autres êtres ont sept ouvertures, observent-ils. Pourquoi ne pas donner à Hundun la même chose ?

Alors ils creusent un trou par jour. Le septième jour, Hundun meurt.

La parabole est une grenade philosophique. Le cadeau bien-intentionné de la différenciation — donner forme à l'informe, imposer une structure au chaos — est ce qui tue l'être du chaos. Shu et Hu (dont les noms signifient littéralement "soudain" et "rapide" — suggérant une action hâtive et peu réfléchie) détruisent ce qu'ils aiment en essayant de le rendre plus semblable à tout le monde.

La Philosophie de l'Informe

Zhuangzi utilise Hundun pour s'opposer au projet confucéen d'imposer l'ordre et les catégories sur le monde naturel. Dans la pensée taoïste (道家 Dàojiā), l'état indifférencié n'est pas inférieur à celui qui est différencié. Le chaos n'est pas un problème à résoudre — c'est une totalité primordiale que la différenciation détruit.

Le Dao (道 Dào) lui-même est souvent décrit en termes qui résonnent avec Hundun : informe, sans nom, antérieur à toutes les catégories. Le Dao De Jing (道德经 Dào Dé Jīng) s'ouvre avec la célèbre ligne : "

À propos de l'auteur

Expert en Mythologie \u2014 Mythologue comparatif spécialisé dans le Shanhai Jing.

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