Un Catalogue de l'Impossible
Le Shanhaijing décrit plus de 400 créatures. Certaines sont des animaux reconnaissables avec de légères modifications. D'autres sont des combinaisons d'animaux familiers. Et certaines sont si étranges qu'elles résistent à toute visualisation.
Voici quelques-unes des plus remarquables.
Le Biyifang (比翼鸟) — L'Oiseau Qui a Besoin d'un Partenaire
Le Biyifang a une aile et un œil. Il ne peut pas voler seul. Il ne peut voler que lorsqu'il trouve un autre Biyifang et qu'ils se rejoignent, combinant leurs seules ailes en une paire.
Cette créature est devenue l'une des métaphores romantiques les plus durables de la culture chinoise. L'expression "比翼双飞" (bǐyì shuāngfēi — "voler ensemble sur des ailes jointes") signifie un couple qui est inséparable. Elle apparaît dans la poésie amoureuse, les décorations de mariage et la fiction romantique.
L'impossibilité biologique est le propos. Une créature qui ne peut littéralement pas fonctionner sans son partenaire est le symbole parfait d'un amour si complet que les individus sont incomplets sans l'autre.
Le Hundun (混沌) — Le Chaos LUI-MÊME
Le Hundun est décrit comme une créature ressemblant à un sac jaune, rouge comme le feu, avec six pattes et quatre ailes mais sans visage — sans yeux, sans oreilles, sans nez, sans bouche. Malgré l'absence d'organes sensoriels, il peut chanter et danser.
Dans une tradition séparée enregistrée dans le Zhuangzi, le Hundun est l'empereur du centre. Ses amis, les empereurs du nord et du sud, décident de rendre hommage à son hospitalité en lui donnant les sept ouvertures (yeux, oreilles, narines, bouche) que tous les humains ont. Ils forent une ouverture par jour. Au septième jour, le Hundun meurt.
C'est l'une des paraboles les plus profondes de la philosophie chinoise. Hundun — le chaos primordial — est complet dans son а-formalité. La tentative d'imposer un ordre (les sept ouvertures) le détruit. L'histoire est un argument taoïste contre l'impulsion confucéenne d'organiser et de catégoriser tout.
Le Lushu (陆吾) — Gardien de Kunlun
Le Lushu a le corps d'un tigre, neuf queues et un visage humain. Il garde la mythique Montagne de Kunlun et supervise les neuf régions du ciel ainsi que le timing des saisons.
Ce qui rend le Lushu intéressant, c'est sa combinaison de puissance animale (corps de tigre) et d'intelligence humaine (visage humain). Ce n'est pas un monstre. C'est un gardien — un être dont l'étrangeté est un signe de son autorité plutôt que de son danger.
Le Xiangliu (相柳) — Le Serpent à Neuf Têtes
Le Xiangliu a neuf têtes, chacune se nourrissant d'une montagne différente. Partout où il vomit, la terre devient un marais toxique où rien ne peut croître. Après le grand déluge, le héros Yu a tué le Xiangliu, mais son sang était si toxique qu'il a pollué la terre sur des kilomètres.
Le Xiangliu est l'une des créatures les plus clairement malveillantes du Shanhaijing — un être dont l'existence même est destructive. Il représente la catastrophe environnementale personnifiée, ce qui lui confère une pertinence inconfortable à l'ère moderne.
Pourquoi Ces Créatures Demeurent
Les créatures du Shanhaijing persistent parce qu'elles ne sont pas juste des monstres. Ce sont des idées données une forme physique. T